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Hypnose

L’hypnose enseignée à la fac de médecine de Brest

«Dormez, je le veux.» À partir de janvier 2015, l’université de Brest Bretagne Occidentale proposera une formation d’hypnothérapeute à tous les professionnels de santé. Il s’agit du premier diplôme inter-universitaire mixte en hypnose médicale et clinique, en partenariat avec l’Unité de formation et de recherche (UFR) Sciences Humaines et Sociales de Dijon.

«Ce projet est né à la demande du doyen de la Faculté de médecine de Brest, Christian Berthou», explique Lolita Mercadié, la responsable du diplôme universitaire, qui est également psychologue-thérapeute. Les médecines alternatives et complémentaires, dont l’acupuncture et l’homéopathie font partie au même titre que l’hypnose, sont un domaine que le doyen souhaite développer, comme le préconise un rapport de 2011 de la Haute autorité de santé (HAS). Après le diplôme d’homéopathie, ce nouveau projet validé cet été a déjà attiré une vingtaine de dossiers de candidatures.

«Il existe déjà huit diplômes universitaires en hypnose, mais ils dissocient l’hypnose médicale -pratiquée par les médecins- de l’hypnose clinique, qui est l’apanage des psychologues» développe Lolita Mercadié. Ce sont les universités de médecine qui délivrent les diplômes aux médecins et les universités de sciences humaines aux psychologues. «Avec ce nouveau diplôme mixte, on mélange les médecins, les infirmières, les aides-soignants, infirmières, sages-femmes, kinésithérapeutes, dentistes, psychologues, psychiatres, dans un parcours clinique et médical ouvert à tout le personnel soignant.» Deux places sont en outre réservées à des étudiants en fin de cycle (internes, dernière année de master de sciences humaines) qui ont un terrain d’application: internat ou stage.

Les modules de formation se dérouleront de janvier 2015 à juin, au rythme d’une semaine tous les 45 jours. La première semaine dédiée à la découverte de l’hypnose est placée sous la houlette de Lolita Mercadié: «des intervenants viendront présenter leur domaine d’application pendant une journée chacun, un anesthésiste-hypnothérapeute, une sage-femme…». Au terme de la formation, le diplôme sera délivré si le mémoire a été soutenu en septembre avec succès.

Par Diane de Fortanier www.figaro.fr

L’hypnose comme anesthésie

En chirurgie, l’hypnose est de plus en plus utilisée par le corps médical et choisie par les patients. Moins de douleurs, de médicaments, d’hospitalisation… les avantages de cette technique sont nombreux. A l’occasion du 5e congrès international Hypnose et Douleur (du 1er au 3 mai 2014 à La Rochelle), décryptage de cette technique avec la journaliste Pascale Santi et le médecin Jean Becchio.

L’hypnose comme anesthésie par lemondefr

Ils murmurent à l’oreille des patients

Longtemps considérée comme une curiosité de cabaret, l’hypnose traîne derrière elle un passé sulfureux. Aujourd’hui, elle bénéficie d’un retour en grâce, non seulement chez les dentistes et les psychiatres, mais au sein même des hôpitaux ou des maternités. Elle y est utilisée pour calmer les douleurs, les angoisses et certains troubles chroniques.

Reportage diffusé le mercredi 2 avril 2014 sur RTS1

Nîmes : l’hypnose prend de l’essor à l’hôpital

Nîmes : l’hypnose prend de l’essor à l’hôpital

La pratique de l’hypnose, introduite en 2008 au CHU de Nîmes, constitue notamment une aide anesthésique. Explications.

A l’image et durant la trentaine de minutes que dure l’acte d’endoscopie digestive, la démonstration est impressionnante… et même touchante. Dans le petit film tourné par l’équipe audiovisuelle du CHU, on voit Guylaine Tran, médecin anesthésiste-réanimateur, pionnière de l’hypnose à l’hôpital de Nîmes, à l’œuvre auprès du patient.

Une hypnose en trois stades

Les trois stades apparaissent clairement : une première étape dite de communication thérapeutique où la praticienne apaise ce septuagénaire par des paroles bienveillantes, puis l’hypnose conversationnelle qui va convoquer un souvenir agréable et précéder l’hypnose formelle : la dissociation du corps et de l’esprit.

« L’hypnose permet d’atténuer la perception douloureuse d’au moins 50 %, explique le docteur Tran. Elle est associée à l’administration de doses très faibles de produits analgésiques et parfois sans produit du tout. Elle permet de convoquer les ressources propres du patient qui devient acteur de son soin. » Retour à la vidéo : le réveil du patient est immédiat, sans gueule de bois. Et il remercie même le docteur Tran pour lui avoir fait revivre un moment heureux de son enfance.

Beaucoup moins de produits chimiques

Guylaine Tran découvre l’hypnose en 2007, lors d’un congrès. Elle se forme dans la foulée à la pratique, reconnue depuis 2004 par la Société française d’anesthésie-réanimation, et l’introduit dès 2008 au CHU. L’hypnoanalgésie est proposée depuis aux patients dans le cadre de certaines interventions légères à la place d’une anesthésie générale : chirurgie des varices, des hernies, pose de site implantable… mais surtout les endoscopies digestives, avec quelque 150 actes par an. Son champ d’application est potentiellement plus vaste : obstétrique, ORL, chirurgie maxillo-faciale, du crâne, du sein… L’intérêt est évident pour les personnes ayant un risque anesthésique et dans tous les cas permet de limiter considérablement l’injection de produits pharmaceutiques.

Améliorer la prise en charge de la douleur 

Depuis 2010, le CHU de Nîmes permet chaque année à 30 personnes (infirmières, médecins, kiné, sages-femmes…) de suivre la formation “hypnose, douleur aiguë et anesthésie”. Par-delà le bloc opératoire, il s’agit d’améliorer la prise en charge de la douleur et favoriser l’apaisement des patients dans les multiples dimensions de l’hospitalisation.

UN PRIX CONTRE LA DOULEUR

Les urgences pédiatriques du CHU de Nîmes ont reçu le prix de la fondation Apicil contre la douleur. Ainsi qu’une dotation de 20 000 € pour la conduite d’une étude qui s’attachera à comparer l’efficacité analgésique de l’hypnose par rapport à l’utilisation de protoxyde d’azote lors des sutures de plaies chez les enfants de 6 à 16 ans.

Un article de RICHARD BOUDES

Article original : http://www.midilibre.fr/2013/12/03/l-essor-de-l-hypnose-a-l-hopital-de-nimes,791750.php

Chirurgie sous hypnose: la clinique du Groupe hospitalier mutualiste de Grenoble à la pointe

Chirurgie sous hypnose: la clinique du Groupe hospitalier mutualiste de Grenoble à la pointe

Pratiquée depuis l’Antiquité en chirurgie, l’hypnose médicale arrive en force dans de nombreux centres hospitaliers français. A Grenoble, la clinique mutualiste pratique cette méthode depuis 2010 et s’apprête à renforcer les effectifs de son équipe.

« Vous avez le temps, vos bagages sont enregistrés, vous avez passé la douane, vous avez plein de temps devant vous jusqu’au départ ».  Nadège en réalité ne prend pas l’avion. La scène ne se déroule pas dans un aéroport mais dans un bloc opératoire. Un tout autre voyage…

En fait, elle revit l’un des épisodes de sa vie, dans l’aérogare de Genève, et la voix apaisante qui la rassure est celle de l’anesthésiste qui accompagne l’équipe qui va l’opérer. Ce souvenir, agréable pour elle, c’est elle qui l’a choisi et l’a raconté lors d’un entretien préalable à l’opération. Au moment de l’opération, l’anesthésiste se charge de la « guider vers cette situation agréable, enfouie dans son monde intérieur. »

Une méthode qui permet d’éviter une anesthésie générale

L’hypnose est définie comme « un état modifié de la conscience ». Le sujet est plongé dans un bain sensoriel qui le « détache de la réalité » et, en l’occurence, de l’intervention chirurgicale et de la douleur. Cette déconnexion ne veut pas pour autant dire passivité.  » La personne doit être motivée et confiante », explique Jérôme Schweitzer, anesthésiste hypnotiseur, « elle doit jouer le jeu , on ne fait pas de la magie. »

Mais attention, en chirurgie, l’anesthésie sous hypnose ne s’applique qu’aux interventions les moins lourdes, sur des durées d’une demi-heure à deux heures. Elle permet d’éviter une anesthésie générale, Un anesthésiant est tout de même utilisé, mais localement et à petite dose. On évite a priori les effets secondaires de l’anesthésie générale: fatigue, nausées ou douleurs.

Plus de confort pour le patient, des avantages aussi pour les praticiens qui, pour la plupart, témoignent « d’une autre relation, plus riche, qui s’installe. » Pour le docteur Corinne Fize, chirurgien, « on ne considère plus seulement un corps malade, on prend en compte la personne dans son intégralité. »

Reportage de Xavier Schmitt, Yves-marie Glo & Lisa Bouchaud

Article original : http://alpes.france3.fr/2013/11/27/chirurgie-sous-hypnose-la-clinique-du-groupe-hospitalier-mutualiste-de-grenoble-la-pointe-366187.html

L’hypnose intégrée aux soins de patients brûlés

Je vous suggère la lecture de l’article reproduit ci-dessous et paru dans la Revue Médicale Suisse.


Olivier Bertholet, Maryse Davadant, Ioan Cromec, Mette M. Berger

L’hypnose intégrée aux soins de patients brûlés : impact sur le niveau de stress de l’équipe soignante

Rev Med Suisse 2013;9:1646-1649


Résumé

En 2004, l’hypnose a été introduite au Centre des brûlés du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) entraînant des bénéfices pour les patients brûlés. Alors que les avantages de l’hypnose pour les patients sont bien établis, l’impact de l’hypnose sur le personnel soignant reste néanmoins peu investigué. Cette revue aborde les bénéfices actuellement démontrés de l’hypnose pour les patients et plus particulièrement pour le patient brûlé. Les résultats d’une étude récente, investiguant l’impact de l’hypnose sur le stress d’une équipe soignante provoqué par les soins de patients brûlés, seront également présentés.

Introduction

L’hypnose a été introduite au Centre des brûlés du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) en 2004 pour répondre à une prise en charge insatisfaisante de la douleur. La confrontation du personnel soignant des soins intensifs avec une douleur aiguë, intense et prolongée, avait contribué à déstabiliser l’équipe de l’époque, motivant l’instauration d’un nouveau protocole d’antalgie incluant l’hypnose. Les effets bénéfiques de cette démarche ont permis dès lors l’utilisation de l’hypnose comme alternative à l’anesthésie générale. Depuis son introduction, environ 80% des patients brûlés du CHUV bénéficient de l’hypnose.

Hypnose : les bénéfices connus

Les bénéfices de l’hypnose, intégrée aux soins pour le patient, sont les plus étudiés. Une méta-analyse et différentes études ont démontré l’efficacité de l’hypnose, en sus des soins standards, pour des pathologies variées telles que les phobies, l’insomnie, l’hypertension, les céphalées chroniques et également pour les douleurs lors de traumatismes aigus. Depuis l’introduction de l’hypnose au Centre des brûlés du CHUV, les bénéfices pour les patients, en termes de bien-être, d’antalgie, d’anxiété, de coûts, de besoins chirurgicaux et de temps d’hospitalisation ont pu être correctement établis.

En revanche, les avantages de l’hypnose pour l’équipe soignante et la répercussion sur la relation soignant-malade sont moins connus. L’intégration de l’hypnose a permis d’améliorer la collaboration interdisciplinaire au sein d’une équipe médicale américaine en milieu oncologique. Il a été mis en évidence, dans une équipe soignante de médecine interne aux États-Unis, qu’un changement favorable de l’attitude des soignants était observé à partir du moment où ils apprenaient comment intégrer l’hypnose dans leur pratique. Finalement, l’hypnose semble permettre certaines opportunités et possède un potentiel de créativités ayant comme résultat une satisfaction considérable chez l’hypno-praticien et son patient.

Stress et burnout dans le milieu médical

Le terme de «stress», tel qu’utilisé dans cet article, désigne la réponse de l’organisme aux facteurs d’agressions physiologiques et psychologiques ainsi qu’aux émotions (agréables ou désagréables) nécessitant une adaptation. Le stress peut devenir préjudiciable et aliénant lorsque la personne qui y est exposée n’est plus en mesure de s’adapter ou de trouver des solutions adéquates aux problèmes. Un burnout syndrome peut résulter d’une exposition prolongée à ce type de stress. Les soignants des soins intensifs constituent une population à risque, car le traitement des patients de réanimation, et particulièrement des brûlés graves, peut s’avérer particulièrement stressant. Une revue de littérature de 2011 liste les différents facteurs déterminants du syndrome d’épuisement professionnel en réanimation. Il s’agit, du côté médical, de la charge de travail ainsi que de son organisation et du côté infirmier, de l’organisation du service ainsi que des caractéristiques de la prise en charge des patients en fin de vie. Les conflits avec les patients, les familles ou d’autres membres de l’équipe augmentent également le risque d’épuisement professionnel. Une étude souligne en particulier le cercle vicieux entre fatigue émotionnelle et stress.

Stress et hypnose : qu’en est-il des soignants ?

Comme précédemment expliqué, la répercussion de l’hypnose sur le personnel soignant est restée peu étudiée, particulièrement en termes de stress. Afin de pallier ce manque, une étude de cohorte prospective et qualitative a été menée en 2011 au CHUV sur toutes les catégories professionnelles de soignants s’occupant de patients brûlés dans les Services de médecine intensive adulte (SMIA) et de chirurgie plastique et reconstructive (CPR). L’état de stress global ainsi que l’impact de l’hypnose sur le stress lors de différentes procédures ont été évalués à l’aide de deux questionnaires.

Le premier questionnaire, investiguant l’état de stress global, a montré que le stress était significativement plus élevé chez les soignants du SMIA comparés à ceux de la CPR, avec un niveau moyen de 84 ± 24 versus 59 ± 15 points respectivement (p ± 0,0087). Les composantes du stress dans les deux services sont montrées dans la figure 1. Malgré l’exposition au stress, 100% des professionnels étaient «souvent» à «toujours» satisfaits de leur travail.


figure_1

Composantes de stress selon la profession, SMIA et CPR confondus Le faible niveau de stress des hypno-praticiens 49 ± 5 points est non significatif en raison de n=2 ; SMIA : Service de médecine intensive adulte ; CPR : Service de chirurgie plastique et reconstructive.


Le second questionnaire a évalué, dans un premier temps, l’utilité de l’hypnose pour le soignant sur le plan personnel, c’est-à-dire en termes de soutien ou de soulagement de son propre stress lors de procédures standards incluant l’hypnose sur les patients brûlés. Indépendamment de la profession ou du service, 64% des évaluations étaient «favorables», 33% «indifférentes» et seulement 3% «négatives» (figure 2).


figure_2

Evaluation subjective de l’utilité de l’hypnose par le personnel soignant sur le plan personnel.


De manière générale, la mise en pratique d’un nouvel outil est plébiscitée lorsqu’il est estimé utile. C’est pour cette raison que dans un second temps, l’hypnose a été évaluée sur le plan professionnel par le soignant, c’est-à-dire en termes d’utilité de l’hypnose intégrée aux soins pour le patient. Toutes professions et services confondus, l’hypnose était reconnue «utile» à «absolument nécessaire» comme outil supplémentaire par plus de 85% du personnel pour diminuer les douleurs de fond et celles induites par les soins, ainsi que pour soulager le patient de son anxiété et de sa peur (tableau 1).


tableau_1

Pourcentage du personnel soignant évaluant «utile» à «absolument nécessaire» l’hypnose comme outil de soin supplémentaire associé aux procédures standards chez les patients brûlés


Finalement, le niveau de stress des soignants a été évalué pour quatre situations de soins pratiqués sur des patients brûlés en présence ou non d’une hypno-praticienne. Ces descriptions portaient sur des expériences vécues durant les deux années précédant l’étude (figure 3). Les séances d’hypnose pratiquées consistaient à induire un état de «transe hypnotique» chez le patient selon un modèle de communication suggestive. Les techniques hypnotiques, en termes d’induction et de choix des suggestions, ont été adaptées de façon personnalisée à chaque situation respectant ainsi les principes de l’hypnose dite «Ericksonienne», à savoir le caractère unique de chaque séance. La participation de l’hypno-praticienne durant les soins avec un patient confus ou agité s’arrêtait à l’utilisation de techniques hypnotiques de communication.


figure_3

Impact de l’utilisation de l’hypnose sur le niveau de stress des soignants
Utilisation de techniques hypnotiques de communication et non de l’hypnose au sens strict.


Une diminution statistiquement significative de la perception du stress est observée lorsque ces procédures sont pratiquées sous hypnose. Globalement, les procédures étaient vécues comme «souvent à constamment stressantes» sans la présence d’une hypno-praticienne et comme «jamais à rarement stressantes» lorsqu’elle y participait. Les résultats sont significatifs pour les quatre situations de soins : soins douloureux (p=0,02) ; soins avec un patient algique (p=0,02) ; soins avec un patient anxieux (p=0,01) ; soins avec un patient confus/agité (p=0,03).

Cette étude montre que l’utilisation de l’hypnose associée aux procédures sur des patients brûlés réduit significativement le stress des soignants, cet effet étant particulièrement marqué en unité de réanimation. De plus, elle permet de relever l’utilité, voire même la nécessité, perçue par le personnel soignant, d’intégrer l’hypnose aux soins standards pour le patient brûlé. Elle confirme également que le niveau de stress est élevé dans le Service de médecine intensive, corroborant les études internationales, et qu’il est significativement plus faible en chirurgie plastique.

Conclusion

Actuellement, les impacts négatifs du stress sur la santé et l’épuisement professionnel, ou burnout, font partie de la réalité des soignants, particulièrement dans les services de soins aigus. La participation active et le bien-être du patient deviennent également une priorité dans sa prise en charge. L’hypnose intégrée aux soins du patient permet non seulement d’obtenir de réels bénéfices sur l’autonomisation et la guérison du patient, mais permet également de réduire indirectement le stress de toute l’équipe soignante. En 2004, la mise en place d’un protocole d’antalgie incluant l’hypnose au CHUV a été facilitée par une période de crise. En effet, l’introduction de tout nouvel outil peu connu, dont les bénéfices sont scientifiquement à peine démontrés, reste délicate en dehors d’une telle période. Une présentation préalable ainsi qu’une possibilité de tests par l’équipe soignante peuvent être des solutions afin de bénéficier au mieux des avantages de l’hypnose.


L’article original peut être consulté à cette adresse :

http://rms.medhyg.ch/numero-397-page-1646.htm#rb2

En Alsace, les pompiers s’essaient à l’hypnose pour apaiser les victimes

Par AFP

«Regardez-moi fixement dans les yeux. Votre esprit s’évade, votre corps s’apaise!»: pour soulager les victimes dans des situations traumatisantes, les pompiers du Bas-Rhin se forment à l’hypnose, une initiative unique en France, qui va faire l’objet d’une validation scientifique.

Au centre de secours de Haguenau, quelque 120 pompiers ont déjà acquis des bases des techniques hypnotiques, utilisables par exemple pour prendre en charge une personne incarcérée dans sa voiture accidentée, ou coincée sous des gravats, ou encore victime d’une crise d’asthme ou de spasmophilie.

«Ce sont des techniques verbales, gestuelles, respiratoires, qui visent à apaiser la douleur et l’anxiété, mais ne doivent évidemment pas se substituer aux gestes classiques du secourisme», explique Cécile Colas-Nguyen, sage-femme, officier-infirmier chez les pompiers du Bas-Rhin et formatrice en hypnose médicale.

Pendant qu’une équipe de pompiers s’affaire pour préparer une perfusion ou du matériel de désincarcération, le secouriste formé à l’hypnose s’efforce d’instaurer un contact privilégié avec la victime, puis de dévier son attention loin de la scène traumatisante qu’elle est en train de vivre. Attentif à son rythme respiratoire, il adopte une élocution apaisante, et veille à éviter tout vocabulaire négatif – il évoquera ainsi le «bien-être» de la personne plutôt que sa «douleur».

«Pendant que mes collègues s’occupent de votre sécurité, votre esprit va partir sur les pistes de ski, et votre corps va rester ici», suggère ainsi, lors d’un exercice de formation, un jeune pompier à une fausse accidentée qui vient de lui confier son attrait pour les sports de glisse.

Le chef du centre de secours de Haguenau, David Ernenwein, se déclare «convaincu» par la méthode. «Nous avons tous constaté que quand on prend la main des gens, ça se passe mieux, même si on ne mettait pas le mot +hypnose+ là-dessus. Le premier secours qui peut être apporté, c’est d’apaiser les victimes, et cette technique va nous donner des clefs pour ça, pour qu’elles souffrent moins», analyse-t-il.

Le Dr Yves Durrmann, médecin-chef des pompiers du Bas-Rhin, rêve désormais de voir l’expérience élargie à l’ensemble de la France.

Distorsion du temps

Pour cela, elle devra d’abord être validée scientifiquement: pendant au moins six mois, les pompiers de Haguenau vont consigner dans un registre certains paramètres médicaux des victimes qu’ils prennent en charge (comme leur fréquence cardiaque, leur niveau de douleur ou leurs signes émotionnels). Les résultats seront comparés avec ceux obtenus dans des cas similaires par les pompiers de Sélestat (Bas-Rhin), qui eux n’utilisent pas l’hypnose.

«Notre première évaluation laisse déjà entrevoir un bénéfice: dans 100% des cas, les personnes prises en charge évoquent une distorsion du temps, c’est-à-dire que l’intervention leur a semblé moins longue qu’en réalité», souligne Cécile Colas-Nguyen.

Au ministère de l’Intérieur, l’expérience est considérée avec autant de bienveillance que de prudence. «L’hypnose médicale, on sait depuis longtemps que ça marche, que ce n’est pas un placebo», observe le Dr Stéphane Donnadieu, médecin-pompier et conseiller du directeur général de la Sécurité civile.

«Seulement, il faut des gens bien formés. C’est là le défi: les secouristes ne peuvent recevoir qu’une courte formation. De toute façon on ne peut pas vraiment parler d’hypnose, il s’agit plutôt d’employer certaines techniques hypnotiques», explique ce responsable, qui juge que «si ça peut amener plus de calme, d’empathie, d’écoute, c’est déjà pas mal».

En outre, «il faudra voir si les pompiers arrivent à utiliser efficacement ces techniques d’apaisement dans des circonstances bruyantes et traumatisantes», souligne-t-il.

Sur ce point, la formatrice en hypnose est cependant formelle: «ce n’est pas un problème. On peut aider la victime à faire abstraction de ce qui se passe autour d’elle. Et le bip-bip des appareils médicaux peut même nous aider à fixer son attention pour mieux l’emmener ailleurs».

Le cerveau et ses automatismes (partie 1)

Un film télévisé intéressant diffusé sur la chaîne Arte, mettant en avant notre degré d’automatisation et au final, quels sont nos actes conscients au cours de la journée ?

Ce film est en deux parties.

Ils vous permettrons de commencer à comprendre mon travail et le rôle de l’hypnose psycho-médicale dans l’évolution des processus du cerveau.

 

Accoucher sous hypnose

Isabelle Gravillon (Article publié sur le site : famille.fr le 26.09.12)

Plutôt que d’accoucher sous péridurale, certaines femmes préfèrent recourir à d’autres moyens pour lutter contre la douleur. Par exemple l’hypnose. Une technique à la portée de toutes les futures mamans.

Halte aux idées reçues !

Ce mot d’hypnose fait parfois peur. On s’imagine plongé dans un sommeil profond par un hypnotiseur qui aurait alors tout pouvoir de nous faire faire ce qu’il veut. La réalité est bien loin de ce folklore ! Sans nous en rendre compte, nous passons tous au cours d’une journée par des transes hypnotiques : ces moments où le corps et l’esprit sont complètement dissociés, où l’on effectue des gestes de manière mécanique, sans y penser, pendant que l’esprit vagabonde ailleurs. Lors des séances de préparation à l’accouchement se déroulant pendant le dernier trimestre de la grossesse, les femmes apprennent à atteindre volontairement cet état hypnotique de dissociation entre le corps et l’esprit.

Un antidote contre la douleur

De nombreux scientifiques se sont intéressés de près à ce qui se passe dans le cerveau pendant une transe hypnotique. Leurs conclusions ? Il semblerait que, dans cet état intermédiaire entre veille et sommeil, le cerveau réagisse très différemment aux messages de stress et de douleur qu’il perçoit : au lieu, par exemple, de secréter de l’adrénaline, hormone excitante, il se met plutôt à fabriquer de l’acétylcholine, une hormone calmante et des endorphines, des hormones antidouleur. L’hypnose permet donc de se fabriquer à volonté son propre antidouleur et de le faire agir à l’endroit précis où on en a besoin, en l’occurrence pour l’accouchement, au niveau du ventre, du sexe et des cuisses.

Hypnose, mode d’emploi

Comment se déroule une séance d’apprentissage de l’hypnose ? D’une voix très douce et berçante, l’hypnothérapeute demande aux futures mamans de fermer les yeux, d’adopter une respiration ample et profonde et de visualiser une scène agréable. Très souvent, ce sont des souvenirs de vacances mais c’est à chacune d’aller vers ses propres envies. Assez vite, elles se laissent emporter ailleurs par la voix du spécialiste, ses silences, les images qu’elles se projettent. Elles ne dorment pas, perçoivent tout ce qui se passe autour et pourraient entendre les ordres de la sage-femme pendant l’accouchement mais elles ne ressentent plus la douleur.

Seule à la barre

Le jour de l’accouchement, le thérapeute ne sera pas là et la femme devra parvenir toute seule dans cet état d’hypnose. Cela nécessite de s’entraîner souvent chez soi avant le jour J. On peut aussi s’aider d’un CD musical : dans ce cas, mieux vaut prendre la précaution de se renseigner auprès de l’équipe de la maternité pour savoir s’il sera possible de le passer dans la salle de travail pendant l’accouchement. Certaines maternités ont des sages-femmes formées à l’hypnose qui peuvent alors être d’un grand secours.